Point de situation : la santé mentale des étudiants en médecine

2 juillet 2024


Ça y est, les étudiants en médecine sont en vacances bien méritées ! C’est le moment pour eux d’en profiter pour respirer et se ressourcer.

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Depuis quelques temps, les préoccupations autour de la santé mentale grandissent. Il faut dire que c’est devenu un enjeu majeur de santé publique. De plus en plus de personnes sont concernées par les burn-out. C’est notamment le cas pour les étudiants en médecine qui peuvent être amenés à rencontrer des difficultés durant leur cursus universitaire.

Nous nous sommes renseignés sur le sujet et avons mis en lumière plusieurs facteurs qui expliqueraient la charge mentale parfois difficile à supporter pour certains d’entre eux. Nous verrons également que quelques gestes du quotidien peuvent apporter un meilleur confort psychologique et permettre de tenir l’endurance tout au long de ces études.

La santé mentale définie par l’OMS

Avant toute chose, revoyons la définition donnée par l’OMS de la santé mentale : « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. »

Il est évident que pour être en mesure d’aider les autres, il faut être en bonne santé mentale.

Il parait donc essentiel pour nos futurs médecins de prendre soin de leur santé afin de pouvoir apporter des soins de qualité à leurs patients.

Pour reprendre à présent les termes de Santé publique France :

« La santé mentale est déterminée par de nombreux facteurs : socio-économiques, biologiques et environnementaux, dont l’environnement de travail. Les conditions de travail sont en effet un déterminant important de la santé mentale. » 

Il est certain que le bien-être psychologique de tout un chacun est lié à tout ce qui nous entoure. La situation financière, la maladie, la situation familiale… Il y a de nombreuses raisons qui peuvent amener une personne à se sentir en détresse psychologique. Et les étudiants en médecine n’y échappent pas. Leur situation personnelle peut avoir un impact direct sur leur état de santé. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le facteur travail et ses conditions, qui sont tout aussi importants dans la prise en compte de la santé mentale d’un individu.

Stress et surmenage

La réforme de la 1ère année

La nouvelle licence qui vient réformer le parcours PACES a pour ambition de faciliter l’accès aux études de médecine. Pour ce faire, la répartition de ce cursus en 2 parcours, la PASS et la L.AS, permet de mettre fin au numerus clausus et emporte avec lui le concours de fin d’année.

Le numerus apertus est désormais mis en place et le redoublement de la 1ère année disparaît.

La licence PASS permet de suivre majoritairement des cours de santé avec une mineure généraliste, à l’inverse de la licence L.AS. Cependant, les deux licences permettent d’être noté en contrôle continu, avec des examens d’admissions écrits et oraux en fin d’année. La sélection se fait alors sur ces notations et permet aux étudiants de l’une comme de l’autre de poursuivre vers la filière MMOPK (Médecine, Maïeutique, Odontologie, Pharmacie, Kinésithérapie).

L’objectif premier de cette réforme est de permettre d’augmenter le nombre d’étudiants en médecine afin d’accroître le nombre de médecins en France dans les 10 à 15 prochaines années. Cela permettrait non seulement d’avoir une meilleure offre de soins, mais également des meilleures conditions d’exercice pour les médecins, au bord de l’épuisement. 

En place depuis 4 ans, cette réforme ne semble pourtant pas répondre aux attentes des associations et fédérations étudiantes, qui réclament le retour de la licence unique.

En effet, une enquête menée par la FAGE et les Fédérations étudiantes en santé (Anemf, Anepf, Anesf, FNEK et UNECD) pointe du doigt plusieurs problèmes à traiter. Plus de 13 000 étudiants qui suivent un de ces deux parcours ont participé à cette étude entre février et mars 2024.

Un problème d’inégalité entre les licences

Les étudiants en PASS seraient plus favorisés que les étudiants en L.AS puisque le sujet majeur de leur licence est la santé. Le ministère de l’Enseignement supérieur a d’ailleurs relevé que 82 % des étudiants admis en 2ème année étaient en PASS.

On découvre alors que pour les étudiants en L.AS qui passent en 2ème année, un écart de niveau est ressenti par 43 % d’entre eux. Pour pallier cet écart, plusieurs universités de médecine proposent des remises à niveau pour ces étudiants afin qu’ils puissent avoir les mêmes bases.

Les difficultés liées à la réussite finale

Il en ressort que « 43 % d’entre eux ressentent un stress intense plusieurs fois par jour » et près d’1 étudiant sur 2 a envisagé d’arrêter son parcours en cours d’année.

Une étudiante en L.AS 2 de droit qui s’est confiée au Quotidien du médecin explique : « Je cumule les crises d’angoisse (plusieurs fois par jour), je n’ai plus confiance en moi, je suis très faible psychologiquement ».

Même si ce cursus à double parcours a pour but d’ouvrir plus de possibilités aux étudiants, la sélection finale reste une source de stress difficile à gérer pour certains.

On comprend à travers cette étude que la santé mentale des étudiants en médecine est parfois mise à l’épreuve dès le début de leur apprentissage.

Immersion dans la vie professionnelle

Une fois le 1er cycle terminé, arrivent le 2ème et 3ème cycle où l’externat et l’internat permettent de s’immerger de plus en plus dans le rôle d’un médecin.

Stages et internat : un rythme éreintant 

En ce qui concerne la pratique médicale de nos jeunes externes et internes, il est courant d’entendre que ces derniers font bien plus d’heures que prévu. Et lorsqu’il s’agit de nombreuses heures cumulées par semaine, auxquelles s’ajoutent les heures d’apprentissage théorique, la charge mentale devient conséquente. 

Selon un rapport publié en mai 2019 par le SAIHL, 83 % des internes travaillent plus de 48 heures par semaine et dépassent ainsi le plafond légal. Plus précisément, 30 % d’entre eux ont déclaré effectuer au-delà de 60 heures par semaine.

À partir de là, des signes d’épuisement peuvent facilement apparaître.

Les heures supplémentaires sont un vrai sujet et leurs conditions de travail sont régulièrement signalées. Le témoignage d’Elena diffusé sur France info , montre la pression psychologique qu’elle a ressenti durant son internat. Cette ancienne étudiante en médecine a notamment fait un burn-out en 2022 et a arrêté son cursus après 6 années d’études.

Son récit fait écho à une enquête menée en 2021 par l’ISNI, l’ISNAR-IMG et l’Anemf sur plus de 11 000 futurs médecins. Elle révélait que « 67 % des étudiants avaient répondu avoir ressenti des symptômes de burn-out et 19 % évoquaient des pensées suicidaires. »

Difficultés financières

Enfin, la situation financière des étudiants en médecine est souvent précaire. C’est ce que nous indique une étude publiée par l’ANEMF en octobre 2023. « 37 % des étudiants ont déjà pensé à arrêter leurs études à cause de difficultés financières. Ce pourcentage est majoré à 42 % chez les étudiants hospitaliers. »
In fine, pas moins de « 52 % des étudiants hospitaliers considèrent être confrontés à des difficultés financières. »

Cette situation de précarité est une source d’angoisse supplémentaire. Elle s’ajoute à la pression de réussite des études et aux conditions de travail déclarées comme difficiles.

Comment faire pour améliorer la santé mentale de nos jeunes médecins ?

Tous les conseils du monde pourraient être utiles mais ils sont parfois plus faciles à énoncer qu’à appliquer. Nous pouvons imaginer des recommandations simples comme :

  • La pratique d’un sport pour évacuer le stress. Courir ou marcher sont des bons moyens pour travailler l’humeur sur le long terme.
  • Faire de la méditation et de la respiration. Par exemple, 5 minutes de cohérence cardiaque le soir avant de s’endormir et le matin au réveil peuvent apporter de nombreux bénéfices.

Concernant l’aspect financier, les internes en possession d’une licence de remplacement peuvent également postuler à des annonces afin de compléter leurs revenus. Ils peuvent y trouver un double avantage : mettre en pratique leur formation dans différents types d’exercices tout en obtenant une rétrocession d’honoraires.

Devenir médecin reste une vocation

En conclusion, lorsque l’on étudie les épreuves que ces futurs médecins peuvent être amenés à traverser, les entendre dire que c’est un métier de vocation prend tout son sens.

On comprend dès lors que leur santé mentale peut être mise à l’épreuve pendant plusieurs années et qu’il est nécessaire de mettre en place des bonnes pratiques. Leur donner les clés pour une poursuite d’études plus sereine semble être une stratégie gagnante sur le long terme.

Nos médecins sont précieux, et nos futurs médecins le sont tout autant.

Avec la situation de pénurie de médecins que nous vivons actuellement, il est important de prendre soin de ceux qui seront l’avenir de notre santé de demain.


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